Micronouvelles Jour 152
Perché au sommet de la colline, le lynx ne se souvenait pas des dates.
Il retenait les variations de lumière, les nuits qui restent au matin,
les journées courtes, le poids des soleils de plomb.
Il reconnaissait ce qui changeait, puis revenait autrement.
Les odeurs qui se déplaçaient. La rosée qui grossissait sur les herbes.
La température du sol sous ses pattes. Les coups de fouet du blizzard.
Les silences, plus rares, plus perçants.
Il ne retenait pas les dates.
Seulement les répétitions.
Dans sa chair.
Le soleil descendait lentement, se diluant dans des dégradés d’orange brûlée.
Des volutes de brume montaient de la vallée,
comme si la terre respirait encore une fois avant la nuit.
Assis, il partageait le calme du paysage. L’air chaud sortait de ses narines.
Un bruit venu de la forêt, juste derrière, coupa net le reste.
Une proie. Un kilo cinq à vue d’oreille.
Il se retourna et disparut dans le manteau neigeux.
Il avait tout écrit. Presque.
Il lui manquait une dernière micronouvelle.
Il observa la pièce, la rue, le ciel. Rien.
Il attendit. Toujours rien. Le silence.
C’est à ce moment-là qu’il comprit : la dernière, c’était ce silence-là.
Il n'eut plus qu'à le laisser filer.