JANVIER 2026
Micronouvelles Jour 153
2026 s’ouvrit sans bruit,
ni feux d’artifice pour la terre,
ni résolutions pour les arbres,
ni promesses dans la roche.
Pourtant, quelque chose se mit à parler.
Le bois se souvenait de la forêt,
le sable se rappelait du vent,
Le métal des montagnes.
On avait cru que la matière était muette,
qu’elle ne faisait que servir,
plier, briller, bruler.
On s’était trompé.
Chaque jour,
elle racontait ses voyages,
ses blessures,
ses métamorphoses,
et la place infime
qu’on lui laissait
dans nos vies trop rapides.
"Deux ions lithium discutaient sur une piste cyclable.
— Tu viens d’où ?
— Argentine. Et toi ?
— Zimbabwe.
Une voix monta derrière :
— Et moi, de Chine. Tout ce chemin pour finir au cul d’une vieille bourgeoise essoufflée.
Ils rirent.
Froidement.
Micronouvelles Jour 154
Dans le salon bourgeois,
le meuble en tek brillait sous la lumière artificielle.
Il se souvenait de sa forêt :
l’odeur de la pluie,
le chant des insectes,
la moiteur vivante
qui tombait en poussière dorée.
On posa dessus une bougie parfumée
senteur « bois tropical ».
Il ne sut pas
s’il fallait rire
ou pleurer.
Dans la savane,
le lion leva la tête.
Les humains comptaient les années.
Lui comptait les pluies.
Sa seule résolution,
c’était que celles-ci
reviennent encore.
Micronouvelles Jour 155
Entre deux continents,
l’oiseau tournait en cercle.
Le nord s’était réchauffé,
le sud s’était déplacé.
On célébrait “la nouvelle année” sous lui.
Lui cherchait juste
où vivre la prochaine.
Invisible,
silencieux,
essentiel,
le cobalt était à son poste,
enchainé à la batterie.
Un blues électrique du Congo
traversait sa structure.
Le téléphone vibra.
La sonnerie ?
Papa Wemba.
Micronouvelles Jour 156
Maturin avançait dans la jungle,
sandales techniques, gourde filtrante,
regard humble de catalogue.
Il parlait d’alignement, de retour à l’essentiel.
Une sangsue s’installa derrière son genou.
Il hurla. La jungle continua.
Alignée, essentielle,
parfaitement indifférente.
Le caméléon restait sombre.
Gris. Brun.
Température parfaite. Lumière calibrée.
Insectes livrés.
Il regardait les parois. Il avait compris :
plus rien à imiter.
Micronouvelles Jour 157
Dans son vivarium cinq étoiles,
le python refusait de manger.
L’homme s’inquiéta. Vétérinaire. Analyses. Silence.
Puis il comprit :
la viande allemande était trop dure.
On essaya le bœuf wagyu.
Le python mangea.
On servit de l’Évian. Il digéra en paix.
L’homme sourit.
Il avait sauvé l’animal.
Yseult s’était juré d’aimer la nature telle qu’elle est.
Chaleur, insectes, boue.
À l’aube, elle méditait.
La pluie tomba d’un bloc,
froide, dense, précise.
Robe collée, chaussures noyées.
Elle comprit alors :
la nature, comme la vie,
n’a pas de menu au choix.
Le menu en fait, c'est nous, et la vie décide.
Micronouvelles Jour 158
Entre Noël et le Nouvel An,
il avait pris trois kilos.
Il hésita à s’en débarrasser.
Finalement, il les garda.
Ils tenaient chaud.
Et janvier n’était pas pressé.
Chaque année, début janvier,
ils se retrouvaient à quatre.
Chacun amenait ses cadeaux pourris.
Bougies, écharpes, animal empaillé.
Ils faisaient un feu.
Grillaient des saucisses.
Au moins ça réchauffait
Micronouvelles Jour 159
Un jour à table, il avait eu le malheur de dire « J’aime bien l’Histoire ».
A Noël, on elle lui offrait des livres d'histoire. Depuis 25 ans .
Cette année, 800 pages sur l'histoire de l’URSS.
Il ne manquait plus que la cheminée pour aller avec.
Ma mère offrit à chacun
un mug avec la photo de son couple.
J’étais célibataire.
J’eus aussi un mug.
Avec ma tête.
Le café était chaud.
La solitude, officielle.
Micronouvelles Jour 160
Sa belle-mère lui offrit une brosse à vêtement avec un petit mot :
« Tu peux te brosser pour avoir autre chose.»
Ils m'avaient offert des boules effervescentes pour le bain.
Aurais-je dû faire un devis pour faire poser une baignoire à la place de la douche ?
J'hésitais...
Micronouvelles Jour 161
Kevin ne comprenait pas pourquoi ses parents voulaient faire sécher le mois de janvier.
Dry January !
Ils sont vraiment marteau ces adultes.
Les adultes avaient beaucoup bu, beaucoup ri.
Papa et maman avaient fait beaucoup de bruit après dans la chambre.
Peut-être qu'elle aurait bientôt une petite sœur...
Micronouvelles Jour 162
Sur l’Île-aux-Marins,
l’homme observait les volutes de neige,
traversées de colonnes de lumière.
Il y vit des souvenirs mouvants,
des vagues douloureuses.
Quand la neige se referma,
il comprit qu’il n’était pas encore sorti de son hiver intérieur.
À Khao Sok,
La jungle se réveillait parmi les pins de sucre.
Dressées dans la brume, les maisons sur pilotis
sortaient petit à petit de l'eau.
Un cobra glissa entre deux reflets.
Les singes criaient déjà, s'affairant avant la chaleur du jour.
Tout respirait fort.
L’hiver, ici, n’avait jamais été invité.
Micronouvelles Jour 163
Dans le Yellowstone,
L’hiver écrasait tout, de son silence.
Transformait l'humidité de l'air en une poudre de diamant.
Le bison traversait quand même.
Massif, dans son manteau de puissance.
On surprit le mois de janvier s'étirant pieds nus,
à Port Barton, sur les côtes de Palawan.
Les barques faisaient la sieste dans la baie.
Le soleil ne pressait personne.
Un homme écaillait du poisson. Lentement.
Comme si le temps était d’accord.
Ici, rien ne traversait rien.
Tout restait à sa place.
Micronouvelles Jour 164
Le froid ne fait pas mal.
Il explique.
Très lentement.
Et quand on a compris,
il est trop tard. Comme un lundi matin.
La vie n'est pas un long fleuve tranquille.
C'est bien une phrase de kayakiste, ça !
Micronouvelles Jour 165
Il avait tout pour réussir, disait-on.
Au moment de le prouver, il préfera échouer.
C'était bien plus prometteur, plus complexe, plus vivant.
Le thermomètre indiquait -5°C
Il se dit :
« Ça va aller. »
Le froid eut un léger sourire sadique
et commença l'occupation.
Micronouvelles Jour 166
Janvier n’est pas triste.
Il est froid.
C’est différent.
La tristesse passe.
Le froid,lui, attend.
Le froid entra par les chaussures.
Puis les doigts
Le visage.
Il s’installa enfin dans mes pensées.
C’est là, qu’il décida de rester.
Micronouvelles Jour 167
Je n'avais jamais osé l'aborder. Trop grande, trop belle.
Je ne faisais pas le poids.
Je décidais de lui écrire une chanson.
Elle était là le soir où je la chantais pour la première fois.
Après le concert je lui avouais que je l'avais écrite pour elle.
On est allé boire un verre.
Il m'a fallu prêt d'une heure pour réaliser à quel point
elle était totalement sans intérêt.
Le nuage se mit à pleuvoir.
Il se sentait triste.
Micronouvelles Jour 168
La musique collait aux corps.
Elle lui faisait face à l'autre bout de la salle.
Sa peau perlée de sueur. Son sourire.
Il crut lire une promesse dans ses hanches,
un avenir dans sa nuque.
Il s’approcha.
Elle lui tourna le dos.
Il s'arrêta devant le miroir.
Il n'avait pas imaginé qu'il était chien.
Micronouvelles Jour 169
Il relut la réponse qu'il écrivait, une bonne dizaine de fois.
Chaque fois, il la retouchait. Il y ajoutait une intention.
Un espoir glissé entre deux lignes.
Il répondit longuement.
Puis elle envoya un deuxième message.
Elle parlait d’autre chose.
Le vent se leva d'un coup.
On y vit un signe.
Il ne faisait que passer.
Micronouvelles Jour 170
La vague sembla prometteuse.
Tout le monde entra dans l’eau.
Elle se retira.
Exactement à ce moment-là.
Il lui dit qu’il l’aimait.
Elle crut que ce n’était pas possible.
Elle eut raison.
Toute seule.
Micronouvelles Jour 171
5 h du matin,
dans une forêt chargée de neige du massif du Jura
Un grand-père réveille son petit-fils.
Deux jours d’attente,
cachés dans un affût de branches et de fougères.
Quand le lynx apparut,
il s’approcha si près
qu’on voyait bien qu’il savait.
De ce jour-là,
le petit-fils garda un lien unique
avec la nature.
Plus tard le même jour,
dans une carrière texane,
un autre grand-père
apprenait à son petit-fils
à tirer pour la première fois
au fusil mitrailleur.
Micronouvelles Jour 172
Des flocons noirs tomberont sur la ville.
Les nuages auront le cancer.
L’air ne respirera plus.
Ainsi parlait Sarah Toustra.
Dans son rêve, Jeanne pilotait une moto de sport
sur l’autoroute, à pleine vitesse.
Rien ne l’arrêtait.
En se réveillant,
la réalité était prête
Micronouvelles Jour 173
Les gens se plaignaient.
On avait replanté trop d’arbres.
Il y avait trop d’oxygène pur dans l’air.
Les gens faisaient des malaises.
Dans son rêve,
Paul essayait d’allumer des feux.
Le bois refusait de bruler.
En se réveillant,
il comprit qu'il fallait trouver
du nouveau bois.
Micronouvelles Jour 174
Son exosquelette à compensation cinétique XP VR22 vy 4012
rencontra un problème de calcul.
Sa colonne vertébrale fut broyée.
On lui implanta une colonne à différentiel pneumatique,
et commande neuro-sympathique.
Dans son rêve,
il courait tout nu
au milieu de la foule.
En se réveillant,
il comprit
que le regard des autres
ne l’avait jamais quitté.
Micronouvelles Jour 175
Dans son rêve,
il trouvait une pièce cachée
dans sa propre maison.
Elle était meublée.
Quelqu’un y vivait.
L'envie de déménager le reprit.
Il dormait à gauche.
Elle à droite.
Ils ne savaient plus pourquoi.
Ils ne changèrent jamais.
Certaines choses
tiennent le couple.
Micronouvelles Jour 177
Il était une fois, un foie,
qui n'avait pas choisi comme destinée,
d'être au service de Jean Marc, alcoolique.
Après 25 ans de loyaux services,
il opta pour une hépatite fulminante.
Jean Marc s'éteint en 3 semaines.
Il mettait du temps à répondre.
Elle finissait ses phrases.
Un couple.
Micronouvelles Jour 177
Il avait froid.
Elle prenait toute la couette.
Ils dormaient quand même.
Le dimanche disait : encore un peu.
Le lundi répondait : déjà trop tard.
Et ils recommençaient.
Micronouvelles Jour 178
Elle détestait le beurre mou.
La dispute d'hier lui était restée en travers de la gorge.
Il se leva dans la nuit, sortit le beurrier du frigo
et le posa près du radiateur.
Le nez sous la couette au réveil,
il l'entendit gueuler dans la cuisine.
Il ne lui restait plus qu'à se rendormir.
Jean Marc avait trouvé la carte postale
de sa sœur dans la boite aux lettres.
Comme chaque année,
elle lui souhaitait une bonne année.
Sa sœur manquait cruellement de pessimisme.
Micronouvelles Jour 179
Le meilleur dans le bœuf bourguignon,
c’est les sucs au fond de la marmite,
quand on gratte après deux réchauffe.
En rentrant à 23h,
il trouva la cocotte pleine d’eau
dans l’évier.
Les sucs flottaient.
Sur la table,
un morceau de pain. Dur
Il sut que ce matin, il n’aurait jamais dû lui dire :
« Au fait t’avais pas dit que
tu allais te mettre au sport ? »
Une fois, Jean Marc avait pu mesurer
le vide de son existence.
La fois où il avait arrêté de boire.
Le vertige fut trop grand.
Micronouvelles Jour 180
Elle lui dit de prendre la bouteille
en bas à gauche sur le casier à vin.
Il la prit. Il y avait un post-it dessus.
« À ne boire qu'avec un homme qui
vaut le coup.» Papa
Ils étaient rentrés tous les deux du travail énervés.
Une nuit sans lumière.
Il lui avait dit :
— Ça te dit qu'on prenne des gâteaux, des chips,
la BM et qu'on parte rouler,
à 200 sur l'autoroute.
Elle lui avait souri.
— J'aime bien ton côté fleur bleue.
Leur amour prit de la vitesse ce soir-là.
Micronouvelles Jour 181
Il racontait son trail de 60 km dans le Vercors.
Le dénivelé, la souffrance.
La magie de ses nouvelles Hoka à 300 euros.
Elle acquiesçait.
Elle pensait au pressing avant 18 h,
à la robe pour ce soir.
Il parlait d’un moment où il avait failli lâcher.
Elle se demandait
si les filles avaient confirmé,
les stripteaseurs.
Il adorait la sentir captivée.
Elle l’était.
Mais pas par la même chose.
— Chéri, tu trouves que j'ai pris du poids ?
— Pas plus que mon amour pour toi, chérie.
— Plus sérieusement ?
— Plus sérieusement, j'ai remis des piles dans la balance.
Micronouvelles Jour 182
À Étretat, le vent coupait court aux phrases.
Les mains restaient dans les poches.
Janvier tenait les corps serrés.
À Cape Town, le soleil s’attardait sur les terrasses.
Les verres transpiraient. Personne ne regardait l’heure.
La même journée passait.
Les températures ne parlaient pas la même langue.
Micronouvelles Jour 183
Janvier était passé.
Aussi vite que le train furtif de nos bonnes résolutions.
Rien n’avait vraiment changé.
Notre liberté d’écrire la suite restait pleine et entière.